Ma lettre de démission du Boston Consulting Group

Date : 9 septembre 2011

 

Chers amis,

Cela fait quelques mois que je réfléchis à la meilleure manière de faire mes adieux et j’ai rédigé plusieurs brouillons. Un premier inutilement rebelle, un deuxième trop hypocrite à mon goût… J’ai finalement abouti à cette synthèse honnête et lucide.

Si j’ai autant réfléchi à cet exercice pourtant très classique du « mail d’au revoir », c’est parce que ce jour est particulièrement déterminant pour ma vie. Je souhaite garder une trace pour pouvoir me relire dans cinq, dix, vingt ans et me rappeler du jour où ma vie a basculé. Le jour où j’ai pris ma première vraie décision d’adulte.

Je ne suis pas épanoui dans le conseil. Mon entourage essaie de me convaincre que je pourrais être heureux dans de nombreux autres métiers aussi rémunérateurs et sécurisants que celui-ci. Que je devrais tout de suite saisir mon téléphone et contacter les cinq chasseurs de tête enregistrés dans mon répertoire. Mais le BCG est bel et bien ce qu’il y a de mieux dans ce qu’on appelle par abus de langage « le système », et si mes possibilités étaient limitées à celles du « système », je serais certainement resté au BCG le plus longtemps possible.

Inutile de faire un dessin pour montrer que la carrière de consultant est à la meilleure intersection possible entre rémunération, intérêt du job, qualité des people, perspectives de carrière, conditions de travail, work-life balance… Pour reprendre Daniel Pink, j’ai bien trouvé au BCG les trois facteurs clés de la motivation, une fois qu’on a mis de côté la question de l’argent: self-direction, mastery, purpose. Et pourtant, je ne suis plus motivé, ni pour ce job, ni pour aucun autre blackberry-type job. Ni pour créer ma boîte, ni pour rejoindre le monde de l’entreprenariat social. Donc pourquoi je sors? Pour aller où?! Qu’est-ce qui me manque?

Je pense que le monde des jeunes cadres dynamiques, dont je faisais parti jusqu’à aujourd’hui, se divise en deux catégories. Celle des warriors regroupe ceux qui se prennent au jeu et se passionnent réellement pour la chose. Ils se réveillent chaque matin avec cette lueur d’excitation dans leurs yeux pour attaquer avec joie leurs nouveaux défis de la journée. Ils privilégient souvent une soirée au bureau avec leurs collègues et des sushis, même dans des cas où ils pourraient facilement l’éviter. A 40 ans, au moment critique du bilan, ils ne regrettent pas une seule seconde de leur passé.

J’ai été par moments un vrai warrior. Mais la plupart du temps, j’étais surtout un survivor. Les survivors sont ceux pour qui le travail au bureau est une quasi torture psychologique. Ils persistent malgré tout à faire semblant d’être des warriors, emprisonnés par le dogme de la société et de la famille ; résignés à rentabiliser un diplôme acquis dans la douleur ; pris au piège du consumérisme et de l’accumulation de biens ; terrifiés par le spectre de l’avenir. Ils n’ont pas d’autre choix que d’appuyer sur le bouton « vie automatique », et courir avec des œillères sur l’axe unidimensionnel de la maximisation de revenus. A 40 ans, au moment critique du bilan, ils rêvent de machines à remonter le temps.

Je préfère jeter ces œillères au loin et bifurquer hors de cet axe ; m’évader alors qu’il en est encore temps ; alors que je ne vois aucun obstacle insurmontable. Je saute dès aujourd’hui sur une nouvelle case qui m’attend impatiemment depuis des années. Cette case où je suis dans mon élément, à l’intersection entre habilité et passion, en espérant que comme pour Steve Jobs, « the dots will connect in the end ».

Ainsi, ce n’est pas le BCG en particulier que je souhaites quitter, mais le monde du business en général, où c’est bel et bien la passion qui me manquait. Je vous quitte bientôt pour poursuivre ce que je pense être ma vraie vocation: celle d’écrire et d’enseigner.

Avant de quitter ce monde, je lui adresse quelques dernières volontés: réguler l’activité économique au niveau mondial pour qu’elle ne sacrifie plus l’avenir, mettre en place les conditions pour un brain drain vers les métiers du « social business », et retourner à des principes simples, sains et durables pour organiser le système financier.

Je tiens à remercier toutes les personnes que j’ai côtoyées au cours de cette tranche de vie de trois ans, et en particulier quatre personnes qui ont été de vrais mentors pour moi: François Tibi, Pierre Derieux, Hadi Zablit et Julien Dodet. Je suis souvent passé du côté des warriors en travaillant avec vous.

Bonne continuation à tous!

Ramin Farhangi

farhangi.ramin@gmail.com

« Vivre tout simplement pour que tous puissent simplement vivre » (Gandhi)

« The secret to happiness is low expectations » (Barry Schwartz, juillet 2005, sur TED)

 

Quelques références :

http://www.ted.com/talks/dan_pink_on_motivation.html

http://www.ted.com/talks/ken_robinson_says_schools_kill_creativity.html

http://www.ted.com/talks/steve_jobs_how_to_live_before_you_die.html

http://www.ted.com/talks/barry_schwartz_on_the_paradox_of_choice.html

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