L’Ecole Dynamique, une école conçue pour apprendre et non enseigner

Cher lecteur, ceci est une invitation dans ce qui pourrait être l’aventure intellectuelle et philosophique la plus fascinante de ta vie. Oui, rien que ça ! J’espère qu’en partageant ici ma passion pour le sujet des apprentissages autonomes, tu sentiras l’urgence de poursuivre cette quête pour y voir toujours plus clair sur les enjeux de l’éducation au XXIème siècle, nerf de la paix et de la prospérité pour notre société moderne.

L’expérience réelle du terrain valide notre approche

Partons d’abord du constat résultant de l’expérience du unschooling et des écoles démocratiques depuis Summerhill. Il semble évident qu’une alternative radicale à l’éducation conventionnelle tient à présent une place confortablement établie dans le paysage éducatif, avec quelques centaines de milliers d’enfants concernés dans le monde occidental, totalement libérés des programmes, des emplois du temps et des classes d’âges. L’Ecole Dynamique, qui ouvre en septembre, a choisi comme référence les pratiques de la Sudbury-Valley School, fondée il y a 47 ans, avec plus de 40 répliques dans le monde. Nous proposons une approche donnant aux enfants une liberté totale de se consacrer à ce qui les intéresse, ainsi qu’une part égale du pouvoir pour administrer leur école. Il n’existe pas d’autre école au monde allant aussi loin que Sudbury dans le respect de l’enfant comme un individu indépendant, totalement responsable de lui-même et du collectif dans lequel il évolue.

Tu penseras peut-être, cher lecteur, que cela est trop radical de donner autant de liberté et de pouvoir à des enfants. Or, c’est simplement un choix personnel et rationnel, dénué de toute fougue expérimentale ou soixante-huitarde. Un nombre assez important d’écoles et de familles ont fait ce choix par le passé pour suffisamment le crédibiliser, et année après année, ce joyeux petit monde continue de produire des données et des études qui valident largement cette approche. Le fait que nous représentions toujours une infime minorité de pionniers est un résultat de l’Histoire plutôt que du bon sens et de la Science. L’expérience montre qu’elle permet d’épanouir des capacités bien plus essentielles que l’école conventionnelle, en particulier pour survivre et prospérer dans ce nouveau monde à l’ère du numérique.

Depuis le ghetto de Puerto Rico (Nuestra Escuela) jusqu’à la classe moyenne de la Nouvelle Angleterre (Sudbury-Valley School), le pur constat de ce que sont devenus leurs anciens élèves devrait logiquement suffire à convaincre qui que ce soit de la pertinence de notre approche. Cette abondance de données indiscutable reste pourtant invisible aux yeux du monde. Tout comme ce que Galilée avait vu dans son télescope, la réalité reste inavouable lorsqu’elle suggère le contraire radical des fondements de base du régime établi.

Une opposition nette entre deux paradigmes possibles

De nos jours, le paradigme établi part de l’idée qu’il existe un certain socle de savoirs essentiels pour tous, que l’autorité peut donc légitimement l’imposer, car ces savoirs valent plus que d’autres, et que par ailleurs, nous dépendons d’enseignants sachant ces choses pour savoir à notre tour. Nous sommes une population non-négligeable à être aujourd’hui convaincus que c’est le contraire exact qui est vrai. Socrate, Tolstoï, Twain, Neill, Gandhi, Lennon, Einstein, Krishnamurti, Chomsky et bien d’autres ont aussi essayé de nous éclairer là-dessus depuis plus de 2500 ans.

En ce qui concerne l’acquisition des savoirs fondamentaux (marcher, parler, lire, compter, écrire…), si aucune pression ni coercition n’est exercée, l’enfant acquiert spontanément ces compétences par instinct de survie au cours de sa maturation. L’anxiété des parents optant pour notre approche vient du fait qu’on ne peut ni prédire ni contrôler le moment où chaque enfant va s’y mettre. C’est ainsi tout un travail de déconditionnement pour nous, adultes, de faire confiance à « la nature » : sa diversité, sa complexité, son caractère imprévisible… Bref, ce qui fait justement sa force ! Pour l’apprentissage naturel de la lecture, par exemple, on observe un large spectre, allant de 4 à 11 ans à l’école Sudbury, dans cet oasis ou la dyslexie et l’illettrisme n’existent pas. L’Education Nationale produit quant à elle des résultats plutôt décevants : 10-15% de dyslexiques, 40% d’enfants en difficultés en 6ème, 7% d’adultes illettrés. C’est à se demander si la coercition est dommageable aux apprentissages. Aussi, on vit avec le goût amer de laisser des éducateurs accabler les enfants en recommandant de consulter des thérapeutes plutôt que de remettre en cause la démarche coercitive qui ne convient visiblement pas à tous.

Au-delà de l’enseignement de ces fondamentaux, qui nous semble être un exercice tout aussi aberrant qu’enseigner la respiration et la marche, les Etats inventent un programme massif d’informations à transmettre, considérés eux-aussi comme essentiels. De fait, ce n’est pas le cas. Une large part de ces informations que l’on force ponctuellement à retenir par cœur pour aussitôt les oublier après l’examen n’a aucune utilité pour la survie et la prospérité de notre société et des individus qui la composent. Seule une petite minorité d’adultes pratiquent par intérêt personnel la Science, l’Histoire, la Littérature, etc. et ils l’auraient probablement fait quoi qu’il arrive, que l’école existe ou non, car nous avons assez de ressources disponibles et d’experts passionnés dans ces domaines pour naturellement embarquer des jeunes dans ces délires intellectuels. Il existe d’ailleurs des mathématiciens et scientifiques qui ont fait toute leur scolarité à Sudbury-Valley, et tout comme Pythagore et Faraday, personne ne leur a jamais imposé de se consacrer à cela.

Par ailleurs, l’impasse est faite sur bien des choses qu’on pourrait considérer comme des savoirs essentiels à une vie libre et autonome : l’agriculture, l’artisanat, la médecine, la connaissance de la constitution et des lois, la gestion de projets, la gestion financière, etc. de quoi se demander si la vocation de l’Etat est réellement de nous permettre de devenir des citoyens libres et autonomes, ou plutôt des consommateurs dépendants et incompétents. A l’école dynamique, nous n’avons pas d’opinion préétablie sur ce qu’est un bon ou un mauvais programme. Nous n’avons aucun jugement de valeur sur ce que pratiquent spontanément les individus, quel que soit leur âge. Nous leur faisons une confiance totale pour identifier ce qu’ils ont besoin d’apprendre. Il n’existe pas de programme unique mais bien une infinité de parcours possibles, tous aussi valables à égalité parfaite.

Enfin, les humains apprennent tout le temps, qu’ils soient dans une salle de classe ou ailleurs, qu’ils le veuillent volontairement ou non, et ils n’ont pas besoin d’enseignement spécifique de la part d’un agent de l’Etat agrémenté pour acquérir des compétences et des connaissances. C’est tout simplement impossible de ne pas apprendre, et chacun devrait disposer de cette liberté inscrite dans toutes les constitutions des pays « libres », largement bafouée au quotidien : celle de déterminer soi-même son éducation, celle de choisir les apprentissages que l’on considère pertinents pour soi.

Le chemin philosophique vers un changement de paradigme

La généralisation d’un changement de paradigme ne vient jamais facilement, et je propose ici une idée étrangement pionnière : celle de traiter les enfants comme des personnes indépendantes ayant droit au même respect que les adultes. Dans quelques générations, nos descendants considèreront certainement l’ère actuelle comme toute aussi barbare que les précédentes, simplement du fait que nous sommes bien loin de considérer les enfants ainsi, tout comme cela nous semblait normal par le passé d’opprimer une minorité du fait de son origine ethnique, son genre ou son orientation sexuelle. La société avancera un jour également sur la question de l’âge ; cela me semble inévitable dans une civilisation moderne en quête de progrès, de paix et de prospérité.

En attendant, afin de poursuivre cette provocation des esprits et vendre cette idée bizarrement invendable, je vais consacrer la fin de cet article à ma meilleure carte. Il s’agit d’une carte d’invitation plutôt que d’un argument imbattable : une invitation à philosopher. Je suis convaincu que tu es le seul capable de confronter ton propre endoctrinement aux idées reçues sur l’éducation. Impossible pour moi de t’enseigner quoi que ce soit et de te convaincre. Chaque personne est en même temps le gardien et le prisonnier de ses propres barrières mentales, et la seule manière de s’en sortir commence par un exercice philosophique. Je ne vois pas d’autre moyen d’y arriver hormis le courage de donner une chance réelle à l’antithèse et de l’investiguer assez profondément pour choisir celle qui a du sens pour soi, et de goûter ainsi à la liberté au sens large : « le pouvoir de choisir ses propres chaînes » (~Rousseau). Sans prendre conscience qu’il existe d’autres « chaînes » possibles, on reste dans le status quo, la médiocrité et l’immobilisme. Je ne souhaite cela pour personne, et j’espère voir un saut généralisé des consciences de mon vivant. J’espère voir naître une génération de philosophes plutôt que de soumis.

Socrate s’est battu toute sa vie contre les sophistes qui prétendaient détenir le savoir et qui avaient établi leur autorité grâce à leur puissante rhétorique. C’était la dictature des discours les plus spectaculaires. Socrate, de son côté, plutôt que de tremper dans le show business, a plutôt mené une vie contemplative et méditative, explorant intensivement son monde intérieur, convaincu que là est la clé pour se rapprocher de la vérité et de la clairvoyance absolue. Au cours de ses dialogues avec les autres Athéniens, il rendait tout le monde fou car il questionnait jusqu’aux croyances les plus fondamentales de la population. En posant un simple « pourquoi ? » sur des évidences admises par tous et en tirant le fil jusqu’au bout, ce puissant exercice menait en général à la conclusion qu’on ne peut rien conclure. Au final, on ne sait rien. On peut au mieux prendre conscience de notre vaste ignorance, et admettre que tout ce qu’on « sait » est réellement une illusion de notre esprit, nourri des influences environnantes du moment. C’est un des paradoxes les plus intrigants de l’expérience humaine : plus on cherche pour tenter d’acquérir plus de savoir, plus ce savoir se transforme en sagesse, et plus on prend conscience du vaste mystère qu’est le monde et notre propre personne.

Le savoir absolu est donc insaisissable ; il est d’une infinie diversité et d’une infinie complexité. Celui détenu par chaque individu dépend de l’environnement dans lequel il a évolué depuis sa naissance, habituellement peuplé de sophistes autoritaires qui l’ont condamné à « savoir » ce qu’il « sait ». Les philosophes avaient bien pris conscience de l’expérience libératrice venant avec la quête de clairvoyance qui consistait à s’affranchir de toute autorité, à tout remettre en question et penser par soi-même. Ils ont ainsi mis en évidence les deux grandes approches possibles pour ce qu’on appelle aujourd’hui « une éducation », un mot qui ne veut rien dire car il génère malheureusement une confusion entre deux approches pédagogiques radicalement distinctes :

  1. Celle des sophistes, déterminée par d’autres : la stimulation, le programme de connaissances, la leçon, la transmission d’information, l’obéissance, la manipulation… En un mot « l’enseignement ».
  2. Celle des philosophes, déterminée par soi-même : l’art, le questionnement, l’exploration, l’observation, la recherche, le jeu, le dialogue… En un mot « l’apprentissage ».

En défiant ainsi l’autorité par son questionnement provocateur, Socrate a finalement été condamné à mort, et cette exécution a traversé les âges comme l’ultime symbole de répression des philosophes par le régime en place. Aujourd’hui, 2500 ans après Socrate et malgré les écrits limpides de Platon et d’Aristote toujours vénérés comme les pères de la philosophie, l’autorité en place privilégie pourtant l’enseignement d’un savoir statique plutôt que l’apprentissage par la recherche et l’introspection. En guerre permanente contre le bon sens, nous maintenons une conviction généralisée que le verbe « apprendre » est synonyme de s’exposer à un enseignement dans une salle de classe, condamnant ainsi toutes les autres activités de la vie (le jeu, l’art, les conversations, l’exploration sous toutes ses formes…) comme des loisirs frivoles où l’on n’apprend rien, alors que c’est là qu’on a réellement appris tout ce qui est utile à notre vie.

Comble du comble, la « philosophie » est enseignée en Terminale, empirant ainsi la confusion déjà profonde entre « apprentissage » et « enseignement ». Comment ose-t-on enseigner les philosophes Grecques après avoir fait le contraire exact de ce qu’ils préconisaient pendant les 11 années qui ont précédé, du CP à la 1ère ?! S’ils étaient présents aujourd’hui, ils auraient certainement promu l’interdiction formelle d’enseigner quoi que ce soit, même s’il s’agit de leur héritage, et ils auraient un terrain de jeu incroyablement riche pour remettre en cause un tas de conventions absurdes :

  • Pourquoi enseigner ce programme de connaissances et pas un autre ?
  • Pourquoi regrouper les enfants par classes d’âges ?
  • Pourquoi asseoir des personnes pendant 20 belles années derrière un bureau et les faire obéir à des instructions entre 9h et 16h30, découpées en tranches horaires et en matières ?
  • Pourquoi une telle insistance sur les compétences de mémorisation et de calcul ? Pourquoi mesurer la performance des enfants sur ces compétences particulières ?
  • D’où vient tout ce système d’éducation ? Pourquoi l’avez-vous inventé ? Quel est ici votre finalité ? (sur cette question, je vous propose de lire mon analyse historique de l’instruction obligatoire)

La synthèse de l’Ecole Dynamique : apprendre plutôt qu’enseigner

La réponse de l’Ecole Dynamique à toutes ces questions est claire : nous faisons le choix d’une école conçue pour apprendre et non pour enseigner. Contrairement aux formes scolaires consistant à attendre de l’enfant qu’il apprenne certaines choses à certains moments de sa vie, l’Ecole Dynamique s’inscrit dans la tradition socratique qui se concentre sur la connexion avec soi, les autres et la nature au sens large, créant ainsi un terreau fertile pour l’accouchement des esprits.

Nous mettons à disposition des apprenants un milieu sécure et riche en ressources, où tous les âges se côtoient, au contact permanent de la vie réelle : parents, chercheurs, intellectuels, artistes, artisans, fermiers, entrepreneurs, amateurs et toute personne créant de la valeur pour les autres. A travers ces interactions, on apprend progressivement à comprendre ce qui conditionne une vie prospère au sein de son environnement et on y trouve une place unique et dynamique de contributeur, en cohérence avec sa propre philosophie de vie et ses aspirations. Telle est la finalité de notre approche éducative, et l’expérience démontre que celle-ci est efficace dans l’accomplissement de cette finalité.

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