En paix avec ma fiction

J’ai cette image qui me traverse la tête en ce moment, où je suis dans une cuve immense avec tout le monde, et au-dessus de nos têtes un piston géant appliquant une pression. On se plaint régulièrement de cette pression, et de la pollution de l’air ambiant.

On sait bien qui se cache derrière, au-dessus du couvercle, à nous infliger cela en permanence : les banques, le gouvernement, les multinationales, les religieux… tous ces dirigeants qui nous maintiennent sous contrôle, alors qu’on aspire tout simplement à la liberté et au bonheur.

Au bord de la cuve, il y a une porte, si proche mais si lointaine en même temps. J’ai parfois l’impression d’être à deux doigts, mais je me rends compte aussitôt que c’est le bout du monde. Une sensation de vertige et de profonde anxiété me traverse lorsque je m’en rapproche trop.

Mais l’air est trop lourd. La passion est trop forte. Plutôt mourir que de continuer à vivre ici. Le vertige ne me fait plus peur. C’est maintenant une question de survie. Je passe la porte, et c’est comme un grand saut dans le vide.

Je suis totalement ébloui par la lumière. Je dois fermer mes paupières et même mettre les mains par dessus. La porte derrière moi est toujours atteignable, mais un vertige encore plus fort m’empêche viscéralement de retourner dans la cuve.

Ça me prend des mois pour, petit à petit, enlever les mains, puis encore des mois pour entrouvrir mes paupières et commencer à voir l’extérieur de la cuve.

Je me rends compte que dans ce nouveau monde, les lois de la Physique ne fonctionnent plus de la même manière, et j’apprends à voler. Je vole, de plus en plus haut, jusqu’à voir ce qui se passe au-dessus du couvercle. Et là, stupeur ! Il n’y a personne !

Pas de dirigeants, pas de pression extérieure, donc pas de pression intérieure non plus. Rien de tout cela n’existe. C’était une fiction co-créée perpétuellement par les habitants de la cuve eux-mêmes. Cette pression est collectivement auto-infligée par une illusion commune qu’il existe de l’argent, des nations et des dirigeants, et que tout cela viendrait de là-haut, de l’extérieur.

Les dirigeants sont en fait des personnes normales d’ici bas, qui se promènent dans la cuve et qui se plaignent eux-aussi de forces encore plus hautes et plus puissantes qu’eux-mêmes : le marché, la raison, les statistiques, les études scientifiques… Tout cela n’existe pas non plus.

Des années durant, j’exerce toutes sortes de choses pour libérer mon esprit, étendre mon champs de conscience jusqu’au bout, jusqu’à oublier l’existence même de ces forces, jusqu’à entraîner mes yeux au point de voir le ciel, au-delà de tout, et même de cette pure lumière blanche qui continue de m’éblouir lorsque je la regarde trop.

Avec le temps, j’y arrive. Je vois enfin ce qui se cache derrière tout ça. C’est un autre couvercle d’une autre cuve, dont la structure ressemble de près à celle d’avant. Au final, ce nouveau monde est tout ce qu’il y a de plus banal et accessible. D’ailleurs, je vois que tout le monde est là, autour de moi : la famille, les amis, les dirigeants, les gens que je ne connais pas…

Je fais face à la plus grande leçon d’humilité de ma vie. Rien n’a fondamentalement changé. C’est juste ma perception qui a évolué. Je vois les gens différemment, avec plus de détachement, plus de légèreté. Je ne suis plus en colère.

Et je sais maintenant qu’il n’y a personne à part moi-même sur le couvercle de cette cuve, et que je peux décider de m’infliger ce que je veux. Je suis libre de choisir mes propres dirigeants imaginaires, et je me suis choisi moi-même, avec ma propre foi. C’est mon imagination, ma propre fiction qui conditionne l’air que je respire et ce que je fais de ma vie.

C’est sûr… Il y a bien quelque-chose au-delà de ce couvercle. Il y a des libertés, des droits, des devoirs, des lois, une justice… Elles guident tout ce qui se passe ici-bas, dans ma vie et celle des autres. C’est encore un autre cadre fictif que je ne saurais lâcher, car le pas vers l’état sauvage est d’un vertige insurmontable.

Je ne saurais vivre sans repères, sans hier, demain, ici ou là-bas, même si tout cela est illusion. Je ne saurais vivre dans la création purement improvisée de l’instant présent, car je suis un être humain. Je suis, donc je pense.

Je crois néanmoins que des passages temporaires vers l’état sauvage, dans l’expression libre, sans langage et sans symboles, emportés par la musique, par la danse fluide, avec des amis en quête de libération, en recherche de notre nature profonde et universelle… Là pourrait se trouver un exercice pour nous accompagner dans notre fiction, cette inévitable fabrication de l’esprit, avec laquelle nous pouvons désormais vivre en paix.

« Je pense que le propre de l’être humain est de générer de la fiction. » Merci Yohan Sancerni pour l’inspiration que tu m’apportes au quotidien. De l’amitié sincère naît la créativité. Je te dédie ce texte.

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