Libre !

Teymour El Attar, mon nouveau compagnon de route, je te dédie ce texte.

 

On te dira, mon cher ami, que tu seras libre demain,

Après avoir obéi à tes parents,

Après avoir écouté le maître,

Après avoir fait ce qu’on te demande.

 

Et seulement si tu suis bien leurs instructions,

Seulement si tu prends goût à l’effort,

Seulement si c’est toi le plus fort,

Alors libre tu seras.

 

On te dira que la liberté, c’est pour demain.

Et c’est seulement peut-être.

 

Tu verras, mon cher ami, que le plus libre des hommes,

C’est celui qui fait ce qu’il lui plaît.

C’est celui qui ne travaille plus.

Donc celui qui ne souffre plus.

 

Mais tu vois bien, mon cher ami,

Que ce destin est réservé à d’autres,

Aux génies suffisamment zélés,

Ou aux nantis qui sont bien nés.

 

Toi qui n’es ni l’un ni l’autre,

Tu vivras alors dans cet acceptable compromis :

Pour le prix de cinq jours d’asservissement,

On te donnera deux jours de divertissement.

 

Voilà qui n’est pas si mal.

On t’offrira un avenir à condition que tu suives la ligne.

Voilà qui est rassurant.

 

Mais peut-être que tout ce qu’on te dira, mon cher ami,

Tu le questionneras !

Car depuis que tu as rencontré Socrate,

Tu ne t’en remets pas.

 

Si la seule chose qu’il sait, c’est qu’il ne sait rien,

Alors peut-être qu’ils se trompent tous. Pourquoi pas ?

 

Il paraît que tout-le-monde s’est toujours trompé.

 

Tout-le-monde a vu les noirs comme des propriétés,

Les femmes comme des machines à laver,

Les homos comme des malades qu’il faut brûler,

Les enfants comme des sauvages à domestiquer,

Les animaux comme des produits au supermarché.

 

La violence ?

Jamais au grand jamais !

Mais lorsqu’elle est généralisée,

Alors elle devient convenable,

Consensuelle, même…

On peut aisément la justifier

Car il en va de l’ordre public.

On te dira même parfois…

Qu’il en va des valeurs de la République !

 

Tout-le-monde est aveugle.

Tout-le-monde est crédule.

Tout-le-monde est dangereux.

C’est ainsi, et ça l’a toujours été.

 

Alors…

Entre Socrate et tout-le-monde,

Tu finiras peut-être par choisir

Socrate !

 

Et seulement si tu t’essayes à penser différemment,

Seulement si tu fais table-rase du passé,

Seulement si tu laisses ton ego se dissiper,

Seulement si tu oses écouter tes enfants,

Alors tu la verras.

Elle était à la fois partout et nulle part,

Cachée en face de tes yeux,

Cette conspiration à ciel ouvert,

La plus assumée qui soit,

La plus abominable,

La plus savamment orchestrée de toutes les machinations.

 

Programmer et contrôler au nom de la liberté,

Diviser et dominer au nom de l’égalité,

Surveiller et punir au nom de la fraternité.

 

Orwell l’a rêvé. Tout-le-monde l’a réalisé.

 

Le citoyen moderne.

Un robot, tout ce qu’il y a de plus pratique.

Autonome, il recharge lui-même ses batteries.

Obéissant, il fait ce qu’on lui demande jusqu’à ce qu’il soit usé.

Reproductible, il rend ses enfants encore plus performants.

Dépendant, il n’a nulle part d’autre où aller.

 

Sapiens !

Il aurait pu imaginer une autre vision du monde, partager ses idées.

Il aurait pu manifester sa curiosité, son intuition, sa créativité.

Il aurait pu épanouir son potentiel, acquérir des compétences.

Il aurait pu s’indigner et s’extraire de sa condition.

Il aurait pu faire ce qui lui plaît.

Il aurait pu faire preuve de bon sens,

Tout simplement.

 

Mais non.

Qu’on l’appelle Empire, Union ou République,

Ses ouvriers du programme éducatif poursuivent leur travail,

Parfois même animés d’une absurde passion.

 

Depuis le ventre de la mère et sur vingt patientes années,

Violenter le cerveau, le cœur et l’âme juste assez,

Abrutir les neurones à force d’exercices insensés,

Annihiler toute forme d’enthousiasme, de spontanéité.

 

Et pour les gagnants, les plus grands champions de la soumission,

Qu’on les félicite, qu’on les couvre de compliments,

Qu’on prenne ces rares survivants à la confiance intacte,

Et qu’ils gèrent cette masse de prévisibles incapables.

 

De la base jusqu’à la pointe de la pyramide,

Que chacun soit le plus parfait gardien de sa propre prison.

 

Ridicule ! N’est-ce pas ?!

Les paroles d’un fou, assurément…

 

Et pourtant, alors que je te parle, mon cher ami,

Ils sont douze millions assis en rang,

Classés par date de naissance,

Enfermés dans des cubes inertes,

Expropriés de leur temps,

Sous surveillance,

Sous contrôle.

 

Ils sont traités comme des prisonniers,

Et on appelle cela une éducation à la liberté.

On peut répéter cette aberration jusqu’à l’essoufflement,

Leur expérience reste la même.

L’enfermement.

Extrême violence ordinaire que subissent nos candides enfants.

 

Tout cela n’est fondée sur aucune science, aucune sagesse.

C’est la force de notre plus vieille habitude,

L’héritage d’un temps révolu,

La peur du changement,

La pensée de groupe.

C’est cela même, et rien de plus.

 

Tout-le-monde le fait, donc tout-le-monde le fait.

Le monde tourne en boucle

Dans ce qui ressemble à une infinie tautologie.

 

As-tu déjà oublié que tout-le-monde est

Aveugle,

Crédule,

Dangereux ?

C’est fou la vitesse à laquelle on oublie ce que tout-le-monde a fait.

 

On t’a dit, mon cher ami,

Que la liberté, c’est pour demain.

Et que c’est seulement peut-être.

Tu y crois toujours ?

Demain n’existe pas,

Et peut-être ne dépend que de toi.

 

La liberté est là, maintenant.

Elle a toujours été à ta portée.

Elle était à la fois partout et nulle part,

Cachée en face de tes yeux.

Tu n’avais qu’à les ouvrir.

 

Maintenant, tu es prêt à vivre libre.

Tu donneras tout ce que tu as,

Tu choisiras tes compagnons de route,

Tu travailleras ardemment,

Tu désobéiras comme Gandhi,

Tu pardonneras comme Mandela,

 

Les verbes aimer et libérer s’uniront à jamais,

Et dans l’acceptation et la gratitude perpétuelle,

Tu rejoindras le flux sacré de la vie sur Terre.

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