Après l’école… le village.

Chers amis,

Vendredi 3 février était mon dernier jour à l’école Dynamique. Cette aventure fut tellement brève et intense que j’ai la sensation d’avoir vécu une vie entière en un éclair ; cette distorsion d’un temps relatif à l’extrême me donne un certain vertige existentiel.

Marjorie et moi avons décidé de quitter l’école afin d’être pleinement disponibles pour accueillir notre fils, prévu d’ici fin mars. Ce changement sera aussi l’occasion pour moi de prendre du recul par rapport à mon expérience à l’école Dynamique et d’en faire un livre. Je compte également me dédier davantage au développement de EUDEC avec l’organisation de la conférence européenne de cet été à Paris, et avec la création de liens constructifs avec les autorités académiques.

J’ai aimé ce job à l’école Dynamique comme aucun autre, et je sens une immense gratitude d’avoir pu mettre ma créativité au service d’une œuvre collective aussi belle. Je n’ai jamais autant appris de ma vie, et je dirais que c’est avant tout grâce aux relations sincères que j’ai construites avec les parents, les enfants et l’équipe. A travers ces relations si diverses, j’ai progressé dans ma compréhension de l’autre, et par extension, de moi-même. Par l’exercice de la vie collective en démocratie, j’ai aiguisé mon sens logique, renforcé ma résilience émotionnelle, et acquis quelques sagesses essentielles. Je me sens encore mieux équipé de toutes sortes de facultés pour faire face à tous les défis imaginables, et ce pour le restant de mes jours. Je suis convaincu, plus que jamais, des bénéfices de l’approche « Sudbury », tant elle m’a apporté un cadre optimal pour l’évolution de tout mon être.

Alors pourquoi diable partir ? Pourquoi ne pas revenir après ce congé parental ?…

Une partie de la réponse est dans la question : « congé parental », un concept parmi tant d’autres que je questionne. 9h-17h. RTT. Soir, week-end et vacances. La chambre du bébé. L’école. L’université. Le lieu de travail. La maison de retraite. En sectionnant méthodiquement et inlassablement l’espace et le temps de tant de manières, je suis convaincu que le bien-être de notre société se dégrade à petit feu, tant cette logique tue ce que nous avons de plus précieux : le lien entre les êtres. Certains diront que « ce n’est pas ça qui nous donnera un toit, à manger et une réponse à tous nos besoins ». Et pourtant, si. Je ne sais pas grand chose, mais voilà UNE chose que je pense être profondément vraie. C’est l’entraide et le partage qui nous permettront de nous en sortir et d’évoluer vers la prochaine civilisation.

Alors qu’en 2017, une majorité continuera de rêver et de voter le fantasme du plein-emploi, l’infinie croissance économique et l’optimale productivité, je voterai « non » à tout. Quel que soit le candidat, il est impuissant face à cette marche infernale vers la fin de ce qu’on peut décemment appeler « un être heureux ». Je n’ai plus besoin qu’on me montre des images d’exploitation, de destruction et de souffrance partout dans le monde ; tout cela est un résultat évident de notre résignation collective, comme quoi tout cela serait un mal inévitable, voire nécessaire. J’ai vécu la transition de la compétition et la domination vers la coopération et le respect de chacun, suffisamment pour sentir jusqu’au plus profond de mes os que le bonheur est possible pour tous. Et cela commence par traiter les enfants avec tout le respect qui leur est dû.

Idéalisme ? Tant qu’on passera 4h par jour en moyenne avec une télécommande à la main, certes, cela restera un rêve lointain. Mais indignez-vous donc ! N’y a-t-il pas suffisamment de bonnes raisons de sortir du canapé et d’œuvrer ?! Voyez tous les défis à surmonter, et tous les exemples de possibles. TOUT est possible. Si une équipe a réussi à créer l’école Dynamique, c’est qu’on peut créer ce qu’on veut : une représentation du monde, une culture, une société entière. Tout est possible en démocratie. Rien d’idéaliste dans tout cela. Il s’agit simplement de créer pour soi-même ce qui paraît profondément sain, cohérent et « normal ».

Après avoir quitté le monde des grandes entreprises, puis le système scolaire, et maintenant l’école Dynamique, il semblerait que ma vie est vouée à être une longue série d’adieux. Mais non. Je pense être maintenant arrivé au bout de la logique en quittant cette société hyper-scolarisée et hyper-compétitive toute entière. Aujourd’hui, avec une bande de copains, nous partons créer ce village en Ariège, entièrement fondé sur le don, l’entraide et le respect de chacun.

Belle continuation à tous.

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