Pourquoi je voterai finalement Mélenchon (ou plutôt FI)

L’idée de voter pour un Président de la République m’était devenu impensable jusqu’à hier, si bien que j’étais convaincu de voter « blanc » cette fois-ci. L’histoire qui me paraît (toujours) la plus cohérente est celle que racontent les Colibris lors de leur campagne 2012 « Tous Candidats » : nous sommes tous candidats pour agir à notre niveau pour l’avènement d’une société plus juste et respectueuse de l’être humain et du vivant en général. Ce n’est pas le rôle d’un Président d’amener cette société ; c’est l’affaire de tous.

L’idée de sélectionner la personne la plus populaire dont le discours sonne le plus doux à mes oreilles, afin de le placer en Tête Pensante et Agissante de la Nation est dès lors absurde. Aujourd’hui, je pense (toujours) qu’une place bien trop exagérée est donnée à ce concours de popularité, dont la forme m’évoque une mascarade contre-productive. Au lieu du temps passé par chacun à regarder les candidats s’exprimer dans la presse, on ferait mieux de se retrousser les manches et de planter des arbres fruitiers. J’espère que nous en finirons un jour avec cette représentation que la France est un navire guidé par notre champion ultime, et les Insoumis me semblent les plus déterminés à déclarer la fin de cette (trop longue) partie. Nous sommes prêts pour cela aujourd’hui ; c’est le bon moment pour la fin du rôle de Président de la République et la réinvention de l’appareil gouvernemental.

J’ai donc malgré tout choisi de faire un choix parmi les options présentées, essayant d’apporter une pierre constructive à l’édifice plutôt qu’un rejet de l’ensemble, sachant qu’un des candidats propose un tel remaniement des règles du jeu, proposition me paraissant être la première priorité de la Nation aujourd’hui.

Une autre représentation qui se dissipera d’elle-même avec le temps, je l’espère, est celle du Président Génial, qu’avec Lui Président, tous nos problèmes (en particulier économiques) vont s’évaporer. J’ai l’impression que la principale préoccupation dans la tête des votants est d’ordre économique, un domaine sur lequel le gouvernement a foncièrement peu de marge de manœuvre. On continue aussi de nourrir l’idée d’une croissance du PIB, d’une réduction du chômage, etc. comme si là était le problème principal de la France, comme si l’augmentation du pouvoir d’achat était toujours l’unique mesure de progrès de tout un peuple (avec un PIB de zéro et une économie 100% informelle, il me semble que les Indiens d’Amérique vivaient globalement heureux malgré tout, avant qu’on vienne les coloniser et éradiquer leur culture ; je ne propose pas forcément de répliquer ce modèle tribal, mais de prendre un certain recul par rapport à la question du développement de l’économie de masse comme étant l’alpha et l’oméga du progrès humain).

Malheureusement, aucun candidat ne fait exception à la règle qui veut qu’un présidentiable se doit de présenter un programme de redressement économique qui sonne bien. Ce que j’aurais personnellement proposé, c’est RIEN : démerdez-vous. Ce n’est que MARGINALEMENT l’affaire de l’Etat. L’économie est votre affaire. Arrêtons de regarder la télé et plantons des légumes. Aujourd’hui, l’amélioration de nos conditions de vie passera plutôt par la création de cadres d’entraide gratuits et informels entre individus entreprenants, dans un esprit de libre coopération open-source (le modèle Wikipedia généralisé à tout, y compris les besoins de base) ; c’est là que se situe l’issue par le haut, et non l’optimisation effrénée de paramètres financiers du style « dépense de l’Etat », « CSG », « Taxe de que-sais-je », ou la ré-étatisation de tout ce qui fonctionnerait mal… Peu importe les mesures économiques présentées par les uns et les autres, je pense qu’ils ont tous tord de continuer à nourrir cette image que la Nation Française se résumerait à une machine économique en survie compétitive, et que l’Etat aurait un quelconque contrôle sur cette machine. L’économie est guidée par des forces qui dépassent largement le périmètre de l’Etat.

Ainsi, je ne voterai pas pour le mieux-disant, le plus réaliste à la comptabilité rigoureuse, le plus business-minded en matière de chiffres (sinon, je voterais Macron ou Fillon). Le business plan de la France est infaisable ; il a toujours été et sera toujours une illusion, tel que toute « promesse » de ce point de vue est intenable. La réalité économique sera ce que les gens en feront. Ce n’est pas la question du gouvernement, et je n’ai que faire du programme de Mélenchon en la matière ou celui des autres. Si un futur gouvernement FI souhaite (encore !!) augmenter le périmètre et le poids de l’Etat, il se reprendra le même backlash que Mitterrand en 1982, et les choses reprendront leur cours habituel après ça. Ça n’a pas marché en 1982 et ça marcherait encore moins aujourd’hui. C’est une erreur de penser qu’une organisation gouvernementale répondrait plus efficacement à nos problèmes, vu l’inefficacité de l’organisation actuelle de l’administration française et le périmètre déjà trop excessif qu’elle recouvre. Nous faisons tous l’expérience de l’administration française et en particulier de l’Education Nationale, et il ne me semble pas qu’on souhaite grossir encore cet appareil obsolète, en faillite philosophique, toujours arc-boutée dans de vieilles pratiques organisationnelles de couches et de couches de hiérarchie, contrôle, inspection… Comment une nostalgie du soviétisme peut encore survivre aujourd’hui, cela me dépasse.

J’en arrive au sujet de l’Education. Ce serait tentant de voter pour un Président qui œuvrerait dans l’intérêt de ce qui m’est le plus cher : celui de la survie et du développement de l’éducation démocratique en France, et l’avènement d’un paysage éducatif pluriel. Avec ce raisonnement néanmoins, j’aurais voté Le Pen en premier choix, vu que c’est la seule qui propose un système de chèque-éducation, une mesure libérant potentiellement la diversification naturelle d’un paysage éducatif actuellement monopolisé par une approche quasi-unique. Le Pen m’évoquant le pire du pire par ailleurs… Je ne m’étendrai pas sur l’évidence. En deuxième-choix, je devrais logiquement voter Macron, qui propose une plus grande autonomie des acteurs de l’éducation à l’échelle locale. Séduisant, mais Macron étant le « candidat du Travail », toujours bien En Marche vers le développement économique sans relâche quel qu’en soit le compromis par ailleurs sur la santé de l’être humain et de son habitat, je vois ici un Sarkozy-bis, un opportuniste surfant une fois de plus sur la notion qu’il y aurait des gens qui se lèvent tôt, et d’autres qui snoberaient toute contribution à l’effort commun, et qui ne voudraient que profiter du système, profiter de ceux qui triment. Macron attire ainsi à lui le vote de la classe moyenne qui bûcherait pour les autres et qu’on devrait bichonner. Macron incarne l’arrivisme, l’ultime absence de conviction, la langue de bois vide de contenu. Rien de progressiste dans tout cela et ça ne le sera pas plus en répétant le mot « progressiste » à tout-va. Je vois en lui le même clone habituel. Je suis donc réduit à choisir entre le vote Blanc et FI, ne souhaitant pas remettre au pouvoir les habitués de la politique qui ont si clairement fait leur temps.

Pour terminer sur le sujet de l’éducation, le livret Education de FI présente des mesures allant à l’extrême opposé d’un paysage éducatif pluriel, et déclarant potentiellement la fin de l’alternative éducative (une école commune, se basant à nouveau sur des pratiques les plus conventionnelles qui soient). Serait-ce donc suicidaire de voter Mélenchon pour moi ? Je ne pense pas. Que ce soit sur l’économie ou l’éducation, je suis convaincu que la marge de manœuvre du gouvernement en place est réellement de presque-zéro. L’Assemblée Nationale, Conseil Constitutionnel et plus simplement la Rue ne permettront jamais de remettre en cause la liberté d’éducation, inscrite à l’article 26.3 de la Déclaration Universelle. La ré-étatisation irait à contre-courant de l’Histoire et de la volonté actuelle des familles ; c’est pourtant tellement énorme… Comment font-ils pour ne pas le voir ?! C’est dommage que les leaders de FI ne voient pas cela, ou le voient mais font ces propositions pour conserver leur électorat historique des enseignants. Quel manque d’audace pour des « Insoumis » ! J’espère bien qu’ils évolueront là-dessus, comme ils ont évolué sur l’Ecologie.

Maintenant que j’ai évoqué toutes les raisons pour lesquelles j’allais voter Blanc, j’aimerais expliquer mon vote pour un gouvernement « France Insoumise » (peu importe le leader ; d’ailleurs, je ne suis pas fan du style rentre-dedans du personnage). Je pense que là réside le vote le plus « utile » possible, sur des aspects où l’Etat peut réellement produire de l’impact, et qui me semblent aller dans le sens de l’intérêt de l’ensemble de l’Humanité (au-delà des intérêts de la « France »… peu importe les intérêts de la Nation. L’enjeu est Mondial.) :
- L’écologie : avec la liberté, c’est une des 2 valeurs qui devraient être centrales au projet de la société française, en espérant qu’il soit suffisamment attractif pour être étendu au monde entier, comme les valeurs de la Révolution Française et la Déclaration d’Indépendance des US à l’époque. Aujourd’hui, c’est FI qui la défend le plus vigoureusement, et ils ont raison. Il est urgent depuis ~20 ans (depuis notre prise de conscience des ressources limitées de la planète pour subvenir à notre modèle de consommation intenable) qu’on a besoin d’une force politique indépendante des lobbies pour favoriser notre transition écologique. L’avenir de l’humanité est en jeu, et depuis la crise financière de 2008, on a oublié le Grenelle, et cette préoccupation est au second plan. J’aime l’audace de proposer, dans un pays où les menus des Brasseries habituelles proposent un plat végétarien sur un menu de 20 plats, une réduction de la consommation de viande. L’abus est évident (maltraitance dans l’élevage, surconsommation dangereuse pour la santé des humains, pollution environnementale et déforestation…) mais il faut tout de même avoir un sacré cran de le proposer lors d’une campagne présidentielle où on essaye tant bien que mal de récolter des voix. Saluons ce courage !
- La moralisation de la vie politique : cela me dégoûte tout bonnement de continuer à mettre des truands au pouvoir, et que même 1€ du contribuable soit détourné. Ce n’est rien de moins que de la traîtrise que d’abuser ainsi du pot commun. Et pourtant, ce n’est pas une fatalité. Loin de là. Les pays du Nord ont mis en place un système suffisamment transparent pour éliminer la corruption. FI est le mouvement le plus déterminé pour mettre fin à cette autre (trop longue) partie. Plus que jamais, nous avons besoin de remettre l’intégrité sans compromis comme cap prioritaire du nouveau gouvernement.
- La réinvention du système politique : c’est aujourd’hui tout à fait réaliste et souhaitable de remettre en question une Constitution obsolète de l’Hyper-Président De Gaulle et progresser vers un système davantage inspiré de la Suisse ou d’autres démocraties plus modernes. Avec la Constituante proposée par France Insoumise, cela permettra de prendre du recul et repenser l’ensemble des règles de prise de décision collective, avec notamment la fin du cumul des mandats, une Assemblée plus représentative, des décisions plus proches des citoyens concernés… Bref, notre pseudo-démocratie est en panne depuis suffisamment longtemps, nous sommes bien en retard par rapport à certains voisins, et il est temps de mettre en place un système politique moderne, digne de l’avant-gardisme Français qui est pourtant une de nos qualités historiques.

Voilà. Comme vous pouvez le voir, cette question m’a bien fait travailler le cerveau, et j’ai finalement fait ce choix. Et je ne reviendrai pas dessus. Je suis trop occupé pour cela. Je préfère regretter mon choix plus tard que d’y dédier encore un neurone.

Et pour conclure, j’aimerais insister une nouvelle fois sur ma vision « Gandhiste » du progrès humain : chacun d’entre nous change en permanence et contribue donc au changement de la société. Pour impulser le changement, qu’on commence par travailler sur soi-même et les relations qu’on entretient avec les autres. Qu’on commence déjà par remettre de l’ordre dans notre foyer, et cultiver notre jardin. Chacun peut contribuer à une évolution positive par les pensées, l’expression et les actions du petit quotidien, qui alimentent des changements globaux. Examinez sans relâche comment vous traitez vos enfants et les autres, ce que vous mangez, ce que vous consommez, la banque où vous mettez vos sous et toutes vos habitudes de consommateur occidental. Ne vous soumettez pas à l’ordre établi. Choisissez plutôt l’Insoumission, la Désobéissance non-violente. Là est la plus abondante source de vie et de progrès.

« Vivons simplement pour que tous puissent simplement vivre » (~Gandhi).

France Insoumise

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